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Cela doit bien faire vingt-cinq minutes que je ne fais rien, voire pas grand chose.
Vingt-cinq minutes que je reste immobile les bras croisés, porté par une certaine satisfaction car quelque part, je suis fier de moi.

developpementContent de pas grand-chose peut-être, mais content tout de même.
Dans un silence absolu, je regarde là, à deux mètres de moi ma victoire du jour : MES PELLICULES QUI SECHENT.
Elles sont là, accrochées la tête en bas comme deux chauve-souris au dessus de ma baignoire.
Je sais que pendant l’heure qui suit, je reviendrai une ou deux fois voir si tout va bien, voir si rien n’a bougé. (dès fois que mon chat les aurait mangé ? On n’est jamais trop prudent) C’est idiot, non ?

J’imagine que tous ceux qui ont un jour développé un film ont connu ce moment...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

C’est un moment particulier car j’ai devant moi un premier résultat dont je ne peux encore tirer quasiment aucune conclusion. Je me garde bien des envolées lyriques à cette heure car l’expérience est déjà passée par là.

Il y a quelques minutes à peine, j’ouvrais la cuve pour extraire les films de leur spire avec d’infinies précautions et : " YES ! Il y a quelque chose sur la pellicule ».
Jusque là tout va bien, à priori le développement s’est bien déroulé. A quelques détails près, tout semblerait presque idéal dans un monde parfait.

A l’ouverture de la cuve, j’ai toujours cette appréhension, cet instant de doute qui ne s’envole qu’une fois le film physiquement devant moi. Même si je n’ai jamais eu vraiment de mauvaise surprise, voir le film intact à la sortie de la cuve me rassure toujours.

 

paterson cuve developpement

 

Je vois qu’il y a «quelque chose» sur la pellicule et que l’exposition semble correcte, mais je ne sais rien de plus, à part que «ça a l’air net».
En regardant de plus prés les négatifs qui pendent je repense au moment du déclenchement. Je me revois en train de prendre les photos. Je revois les sujets, je revois les différentes tentatives de cadrage, et clic : C’est dans la boite.

Tout comme on ferait un moulage en plâtre pour conserver une empreinte du Yéti découverte un jour par hasard, j’essaye d’imprimer sur cette fichue pellicule quelque chose qui reste, quelque chose qui reste de ce que j’ai vu.
Je sais aussi que si je prends soin de mes négatifs, j’ai entre les mains pour un certain temps quelque chose qui reste... mais qui reste surtout à ausculter puis à exploiter.

Diane Arbus, L'enfant à la grenade.

Planche contact : Diane Arbus, L'enfant à la grenade, 1962.

 

La prochaine étape se passera une fois le film sec, l’oeil rivé au compte-fils sur la table lumineuse. Je passerai les vues une par une pour contrôler la netteté, la densité, la luminosité, pour débusquer les défauts, pour scruter la moindre poussière qui pourrait tout mettre par terre, (adieu jolie empreinte du Yéti).

 

La suite, je la connais : elle peut me réserver de bonnes surprise, ou pas, mais cette fois-ci je vais mettre toutes les chances de mon côté : C’est décidé, à partir de maintenant je vais faire systématiquement des planches contact.
J’ai toujours une fâcheuse tendance à passer directement de la table lumineuse à l’agrandisseur (sans passer par une planche contact) en faisant un tri beaucoup trop rapide de quelques négatifs qui semblent les meilleurs sur la pellicule.
C’est une erreur car je pense que l’on apprend beaucoup de ses propres planches contact. Elle fournissent déjà un premier tirage global de lecture.
Jeter un oeil sur les planches réalisées dernièrement par Laurent au labo du club m’a définitivement convaincu. (Merci Laurent).
On y voit les vues successives faites éventuellement dans un même endroit, on y voit les différents cadrages, bref, comment dire ? Je réussirai à mieux voir ce que j’ai raté. Ou pas.

 

 

Parfois, avec un peu de chance sur une planche contact, au beau milieu de toutes les photos ratées, moyennes ou sans intérêt, on peut voir surgir l’empreinte du Yéti.

 

Croyez-moi, l’argentique, ça se mérite.
CQFD.

 Pascal Canot.